Le débat d’orientation budgétaire est un moment important car il permet de se projeter vers l’avenir tout en intégrant des éléments de compréhension de notre situation financière actuelle héritée en partie des choix passés.
Nous héritons donc d’un patrimoine financier que nous léguerons un jour. Mais ne s’agit-il que d’un patrimoine financier, fait de charges et de recettes, de dettes et d’emprunts ? La crise sanitaire, pour la seconde année consécutive, est présentée comme un élément factuel de ce rapport d’orientations budgétaires (ROB.) Un élément sanitaire devenu incontournable dans les analyses économiques internationales. Longtemps, nous avons eu la crise financière de 2008 comme facteur de déstabilisation des équilibres. Et il y avait dans cette crise un lien entre le financier et l’économique.
Mais aujourd’hui, dans l’histoire de ce Produit Intérieur Brut mondial (PIB), c’est un élément qui n’est pas financier, un virus, qui vient mettre à mal l’économie planétaire. En agissant comme un révélateur de nos dépendances et de nos fragilités nous voilà aujourd’hui obligés d’intégrer dans le ROB cette donnée. Si cette porosité est possible entre le sanitaire et l’économique, si un lien de cause à effet est envisagé, alors ne devons-nous pas, en responsabilité, pousser le raisonnement encore davantage et demander à ce que ce rapport tienne compte aussi d’un autre bouleversement qui a déjà commencé et qui va nous accompagner pendant encore des décennies, celui du changement climatique ?
Dans le préambule du document qui nous a été donné les analyses du Fond Monétaire International (FMI) sont mises à contribution à propos de cette récession mondiale.
Permettez-moi alors de rapporter aussi les propos de Gita Gopinath, chef économiste de ce même FMI. Elle a souligné auprès de l’Agence France Presse en janvier 2021 que «le fardeau de la crise» est supporté de «manière disproportionnée» par les personnes les moins qualifiées, les femmes et les jeunes. Notre territoire n’échappe pas à cette règle. Si j’en crois les témoignages recueillis par exemple à l’association des Restos du cœur de Haute Loire, les bénévoles ont vu arriver des étudiants, des jeunes occupant des emplois saisonniers, des jeunes parents isolés qui sont bien souvent des femmes …
Voilà des éléments socio-économiques de proximité qui mériteraient de figurer dans ce ROB. Et de nous poser cette question : Quels sont les choix budgétaires que nous allons prendre pour amortir cette crise qui ne fait que commencer? Peut-être, pour prendre toute la mesure de la situation faudrait-il rajouter à cette note du FMI, les propos que tenait aussi sa chef économiste à savoir que le PIB mondial sera amputé de 22.000 milliards de dollars entre 2020 et 2025, selon les estimations de ses services.
Si nous tenons compte de ces éléments nous pouvons sans problème intégrer par exemple la question de la création d’un CENTRE INTERCOMMUNAL D’ACTIONS SOCIALES (CIAS), tournée vers ces problématiques déjà présentes à nos portes, comme une proposition concrète qui doit apparaître dès le budget 2021, au moins à mon sens au même titre que les investissements pour les toboggans du centre aqualudique.
Il est aussi question dans ce préambule du rôle que jouerait la Banque Centrale Européenne (BCE) qui doit acheter des actifs. Quitte à citer cette instance je veux bien que l’on rajoute les commentaires de deux de ses membres qui font partie du groupe des gouverneurs de la BCE.
Tout d’abord François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France qui pense que la BCE devrait prendre en considération le risque climatique dans l’évaluation des actifs qu’elle accepte. Ensuite Jens Weidmann, le président de la Bundesbank, la banque centrale nationale allemande, a déclaré le mois dernier que la BCE ne devrait accepter des actifs que « si ceux qui les émettent remplissent les conditions relatives au climat ».
Même les grands argentiers de la planète disent clairement qu’il faut tenir compte de la transition écologique.
Il est encore question dans ce préambule de croissance nulle, cette sacro-sainte croissance, qui permettrait le progrès et une meilleure répartition des richesses.
Or ce taux de croissance, que l’on voudrait positif, a été négatif à trois reprises depuis la fin de la seconde guerre mondiale : en 1975 suite au premier choc pétrolier, en 1993 lors de la crise du système monétaire européen et en 2008 et 2009 suite à la crise financière. Selon les chiffres INSEE, en 2020 c’est une chute de 9% c’est à dire 3 fois plus qu’en 2008.
Les pertes de richesse, toujours selon les déclarations de l’INSEE de début février 2021, nous ne les comblerons pas en 2021, il faudra attendre 2022 pour que la France retrouve peut être le niveau de richesse qui était le sien en 2019. Et pour cela il faudrait imaginer que nous allons de nouveau nous mettre à consommer comme avant, comme s’il ne s’était rien passé, jusqu’à la prochaine crise qui ne sera pas financière ni sanitaire puisqu’elle est déjà là, et elle est là pour un bon moment, c’est la crise du changement climatique. Et je m’interroge encore de savoir pourquoi aux côtés des chiffres sur le contexte socio-économique on n’ajoute pas dans ce ROB des données climatiques qui sont devant nous et qui pèsent déjà sur nos choix.
Serions nous climato-sceptiques?
En 2019 l’ONU dans un rapport intitulé « Sable et développement durable » a montré que l’augmentation de l’urbanisation et le développement des infrastructures avaient un impact direct sur l’extraction de sable. Ce sable, ressource épuisable plus consommée à l’échelle mondiale que le pétrole et le gaz, et qui va se raréfier dans les prochaines années, ne peut-il pas aussi être invité dans ce rapport, lui qui est d’un point de vue purement économique générateur du PIB? Et en conséquence ce facteur de dégradation de la ressource ne peut-il trouver écho dans nos choix budgétaires, lorsque par exemple nous mettons en place notre politique d’urbanisation, en nous poussant à réfléchir à d’autres modèles de construction tournés vers des matériaux plus durables ?
Cette crise sanitaire peut accélérer notre prise de conscience de l’urgence à agir et c’est maintenant, peut être encore plus qu’avant, que nous devons nous poser la question encore de ce modèle, ce modèle lié aux investissements massifs comme il est écrit dans ce ROB. Ne devons-nous pas envisager une autre trajectoire?
Ne devons-nous pas, en 2021, année de construction commune, tout en continuant les projets déjà engagés, nous interroger sur nos priorités autour d’un projet fédérateur, autour de la transition écologique et des services à la population?
Plus que les grands travaux, les élus, comme les habitants, soulèvent des questions pratiques quant aux besoins essentiels à satisfaire : être mieux soignés, mieux manger, mieux grandir, mieux vieillir et tout simplement mieux vivre, pour celles et ceux qui vivent ici mais aussi pour celles et ceux qui arrivent sur ce territoire.
C’est une nécessité encore plus qu’avant.
Christophe Bedrossian pour le groupe d’élus UN BRIVADOIS EN COMMUN